En 2019, la Ville de Neuchâtel mandate En commun pour concevoir une démarche participative en vue du réaménagement de la place du funiculaire à La Coudre. L’association propose d’articuler un MiniPublic à un Mandat d’étude parallèle (MEP), impliquant la population dans l’ensemble de la procédure SIA 143, du cahier des charges au jury. Une première à Neuchâtel. La démarche a aussi permis la participation d’enfants dès 8 ans, accompagnés par une médiatrice dédiée — une première pour En commun.
MANDANT
Ville de Neuchâtel
PARTENAIRES
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DURÉE
Mai 2019 - Novembre 2020
LIEU
Place du Funi, La Coudre, Neuchâtel
INTERVENTIONS
Démarche participative combinée à une procédure de Mandats d'étude parallèles (SIA 143)
ÉTAPES CLÉS
Mobilisation
Dialogue
Transmission
SITE INTERNET
ÉQUIPE
Alexandre Budry, Sophie Wobman, Kévin Surinon, Kévin Mérino, Anne-Lise Jacquet, Federica Merzaghi, Mickael Guillaumé, Tila Chitunda, Marie Goy, Agathe Hannebert, Julien Ineichen.
Constitution du groupement citoyen
La mobilisation s'est appuyée sur deux événements grand public organisés sur la place elle-même : la résurrection d'une fête de quartier disparue depuis des années, puis la célébration des 150 ans de la Gym de La Coudre. Ces événements n'étaient pas de simples moments conviviaux : ils permettaient à la fois de recueillir les attentes des habitant·e·s, de candidater au groupement citoyen, et d'expérimenter des préfigurations spatiales directement dans l'espace en transformation.
Parmi les 65 personnes qui s'étaient portées candidates, le groupement citoyen de 30 personnes a été tiré au sort lors d'une cérémonie publique organisée à la clôture du deuxième événement. En commun a veillé à la parité hommes/femmes et à la représentation de trois tranches d'âge. Des enfants et des adolescent·e·s ont participé pleinement au processus, accompagné·e·s par des médiatrices dédiées — condition nécessaire pour que leur parole soit réellement prise en compte, et non réduite à un rôle symbolique.
Effets sur le projet
Le travail du groupement s'est structuré en trois tables rondes. La première, organisée lors de la visite de site avec les cinq équipes concurrentes, a permis d'amender directement le cahier des charges. C'est lors de cet atelier que le groupement a formulé une observation déterminante : le périmètre d'intervention défini par la Ville se limitait à la place devant le funiculaire, mais pour produire un espace public cohérent, le projet devait intégrer l'esplanade de l'école située de l'autre côté de la rue ainsi que le terrain de sport en contrebas. Ces trois espaces forment un ensemble que les habitant·e·s pratiquent comme un tout. Cette recommandation a été retenue : le périmètre du projet a été élargi en conséquence, avant même que les équipes ne commencent à concevoir.
Les deux tables rondes suivantes ont permis au groupement d'interroger directement les équipes sur leurs propositions respectives, puis de formuler des recommandations par projet, transmises au Collège d'experts avant la délibération finale. Deux représentant·e·s et deux suppléant·e·s du groupement, tirés au sort en son sein, siégeaient au Collège avec un droit de vote à part entière — reconnaissant ainsi l'expertise d'usage comme une voix légitime dans l'arbitrage final, et non comme un simple avis consultatif.
Le projet lauréat, de l'architecte-paysagiste Paysagestion, a été présenté publiquement en 2020. Des aménagements provisoires ont été réalisés dès 2021 pour tester les grandes orientations du projet — dégrappage d'enrobé, surfaces en stabilisé, réaménagement autour du funiculaire et du préau du collège. Le projet définitif reste en cours de mise en œuvre, inscrit dans la stratégie de centralités de quartier de la Ville de Neuchâtel.
Transmission
À l'issue du concours, une exposition, des visites guidées conduites par les architectes lauréats et des ateliers de co-création dans l'espace public ont permis d'ouvrir les résultats au grand public. Ces ateliers ont porté sur des enjeux identifiés par les Coudrier·ère·s eux-mêmes : la réappropriation d'une fontaine désaffectée, l'aménagement d'un mur de soutènement, l'ouverture et la plantation de nouvelles surfaces de végétation. Les membres du groupement ont joué un rôle central dans cette communication : leur capacité à expliquer les choix à leurs voisin·e·s, dans leurs propres mots et à partir de leur propre expérience du processus, a produit un effet que la communication institutionnelle n'aurait pas pu atteindre seule.
Ce que cette démarche a confirmé
La Coudre est le projet fondateur de la méthode MiniPublic couplée au MEP développée par En commun. Il a démontré qu'il est possible d'intégrer la diversité des publics — y compris les plus jeunes — à l'ensemble d'une procédure SIA 143, sans compromettre ni l'intégrité de la concurrence ni l'équité entre les équipes. Il a surtout montré que des recommandations d'habitant·e·s peuvent modifier concrètement le périmètre et les orientations d'un projet avant même que la conception commence — ce qui est la preuve la plus solide de l'utilité de la démarche.
La démarche de La Coudre est documentée dans la revue Les Cahiers d'Espace suisse (1/2023) et sert de référence pour les MEP participatifs développés depuis par En commun à Morges, Grandson et Yverdon.
Odile Porte, Responsable planification et aménagement, ville de Neuchâtel
Pierre Feddersen, architecte-urbaniste, président du collège d’experts du MEP de La Coudre
Daniel Domjan, membre du groupement citoyen de La Coudre
Simon Bailly, architecte-paysagiste, paysagestion